Spotify veut que les agents d’intelligence artificielle choisissent son service lorsqu’un utilisateur leur demande de trouver ou de préparer de la musique. Cette orientation a été présentée par Gustav Söderström, co-directeur général de l’entreprise, lors de l’appel consacré aux résultats du troisième trimestre.
Selon les éléments rapportés, Spotify a atteint 788 millions d’utilisateurs actifs mensuels au troisième trimestre et généré près de 5 milliards d’euros de revenus. Mais l’enjeu stratégique mis en avant par Söderström concerne surtout la manière dont les utilisateurs pourraient écouter de la musique à mesure que les agents IA prennent en charge certaines tâches.
Un accès à Spotify depuis plusieurs agents
Le dirigeant considère que le divertissement se prête différemment à l’essor des agents. Les utilisateurs peuvent demander à un assistant de réaliser des actions qu’ils préfèrent ne pas effectuer eux-mêmes. En revanche, ils ne cherchent pas nécessairement à faire résumer une chanson par un agent. Ils veulent plutôt que celui-ci les aide à accéder à une expérience musicale ou audio personnalisée.
Dans le scénario décrit par Spotify, une personne pourrait demander à un agent de trouver une musique adaptée à une course, un podcast lié à une conversation précédente ou un résumé d’audiobook reprenant la lecture là où elle s’était arrêtée. L’utilisateur ne passerait donc pas obligatoirement par l’application Spotify pour rechercher un artiste ou créer une playlist.
Spotify indique vouloir devenir le service média accessible depuis n’importe quel agent. L’entreprise a été présentée comme le premier service musical intégré à l’assistant Muse de Meta. Elle est également intégrée à ChatGPT et à Claude. Ces intégrations sont citées comme des exemples de la volonté de Spotify de participer à la croissance des agents plutôt que d’attendre leur évolution depuis ses propres applications.
La personnalisation comme avantage revendiqué
La stratégie de Spotify ne repose pas uniquement sur la simplification de la recherche. Gustav Söderström affirme aussi que le service peut proposer une expérience plus personnelle grâce à son historique d’écoute. Celui-ci comprend notamment les artistes auxquels les utilisateurs reviennent, les morceaux qu’ils passent et les musiques qu’ils découvrent.
Ces informations peuvent aider Spotify à formuler des recommandations adaptées aux goûts d’une personne. Le dirigeant oppose cette connaissance à une playlist générée par un agent qui disposerait de moins d’informations sur les habitudes de l’utilisateur. La différence avancée par l’entreprise porte donc sur le contexte d’écoute accumulé au fil du temps.
Söderström décrit Spotify comme un service média intelligent pouvant être utilisé directement dans son application ou depuis un autre agent. Dans sa présentation, le service peut être interrogé et recevoir des instructions en langage naturel, plutôt que se limiter à une interaction fondée sur la navigation et les clics.
L’exemple donné par le co-directeur général est particulièrement détaillé : un utilisateur pourrait demander à Spotify d’examiner son historique d’écoute jusqu’à 2008, d’identifier ses favoris, de modifier la vitesse de lecture des morceaux, puis de les trier selon leur tonalité et leur nombre de battements par minute. Il pourrait ensuite demander la création d’un mix adapté à sa cadence de course.
Une stratégie confrontée aux règles d’accès
L’accès des agents aux services tiers ne va toutefois pas de soi. Le marché présente déjà des tensions sur les questions d’accès, de sécurité, de confidentialité et de contrôle commercial. Le blocage de l’assistant Muse de Meta par Amazon pour les achats sur sa plateforme est cité comme un exemple de restriction imposée par un acteur majeur.
Cette situation souligne une incertitude importante pour la stratégie de Spotify : les agents peuvent devenir une nouvelle porte d’entrée vers les services, mais chaque intégration dépend des conditions acceptées par les plateformes concernées. Le fait que Spotify annonce des intégrations existantes ne signifie pas que l’accès à tous les services suivra les mêmes règles.
Spotify affirme par ailleurs ne pas transmettre les données d’écoute de ses utilisateurs à ses partenaires. Dans le fonctionnement décrit, l’agent adresse une demande à Spotify, puis les systèmes de Spotify interprètent cette demande et déterminent quoi diffuser. La source ne précise pas davantage les modalités techniques ou contractuelles de ces échanges.
Ce que cela change pour les utilisateurs
Concrètement, l’ambition de Spotify est de permettre la découverte et la sélection de contenus audio depuis plusieurs assistants, sans abandonner la personnalisation issue de son propre service. Pour les utilisateurs, cela pourrait réduire le nombre d’étapes nécessaires pour composer une écoute adaptée à une activité ou à une préférence.
Pour Spotify, l’enjeu est de rester le service appelé lorsque l’interface d’accès devient un agent conversationnel. L’entreprise présente déjà une adoption jugée bonne de Spotify dans ces agents, mais aucun chiffre distinct n’est fourni sur cette adoption dans les informations disponibles. La portée future de cette stratégie dépendra donc de l’usage réel, de la protection des données et des règles d’accès fixées par les plateformes.
Source : Spotify’s current AI bet is about being the music service that agents choose
