Le Royaume-Uni prévoit de consacrer 100 millions de livres sterling à la création d’un laboratoire national dédié à l’intelligence artificielle et à la biosécurité. Présentée comme une initiative inédite à l’échelle mondiale par le gouvernement britannique, cette structure doit contribuer à renforcer les défenses du pays face aux menaces biologiques émergentes.
Le projet, baptisé AI Biosecurity Lab (AIBL), s’inscrit dans un ensemble de mesures annoncées dans le cadre du Budget britannique. Les détails sur son fonctionnement, son calendrier précis et l’étendue de ses missions n’ont toutefois pas encore été communiqués.
Un laboratoire consacré aux risques biologiques liés à l’IA
Le futur laboratoire doit réunir des compétences scientifiques et technologiques afin d’aider le Royaume-Uni à anticiper et à mieux gérer des risques biologiques susceptibles d’évoluer avec les progrès de l’intelligence artificielle. Le gouvernement décrit l’établissement comme une institution à vocation internationale, soutenue par des acteurs majeurs du secteur de l’IA.
Le ministre britannique chargé de l’IA, Kanishka Narayan, a indiqué que cette structure devait rassembler une expertise scientifique de premier plan. Selon le gouvernement, son objectif sera notamment de permettre au pays de rester en avance sur des menaces émergentes, parmi lesquelles figurent les risques biologiques et les cyberattaques.
La portée exacte de ces travaux reste à préciser. Le texte de l’annonce ne détaille ni les protocoles de recherche du laboratoire, ni les organismes qui en assureront la gouvernance, ni les méthodes utilisées pour évaluer les systèmes d’IA dans ce contexte.
Des crédits de modèles fournis par OpenAI et Anthropic
La création de l’AIBL doit également bénéficier du soutien de développeurs de modèles d’IA. OpenAI et Anthropic doivent fournir l’équivalent de 200 millions de livres en crédits d’utilisation de leurs modèles. Ces crédits pourront être dépensés pour accéder à leurs systèmes, sans que l’annonce ne précise les modèles concernés ni les conditions opérationnelles de leur utilisation.
Cette contribution distingue le projet d’un simple financement public d’infrastructure. Elle doit permettre au futur laboratoire d’exploiter des capacités d’IA dans ses travaux, mais les modalités de contrôle, de sécurité et d’évaluation associées à ces usages n’ont pas été rendues publiques.
Un plan plus large pour la sécurité technologique
L’investissement dans l’AIBL s’accompagne de plusieurs enveloppes consacrées à la sécurité de l’IA et aux infrastructures numériques britanniques. Le gouvernement prévoit ainsi 120 millions de livres supplémentaires pour l’AI Security Institute, ou AISI.
Créé en 2023 par le précédent gouvernement conservateur, cet institut évalue les risques liés aux modèles les plus avancés et les plus puissants. Les nouveaux crédits doivent notamment soutenir la poursuite de ses travaux, alors que les appels à établir des standards techniques et des garde-fous pour le développement de l’IA se multiplient.
Le plan prévoit aussi 60 millions de livres pour un dispositif présenté comme un « National Cyber Shield ». Celui-ci doit utiliser des agents d’IA pour renforcer les défenses contre les cybermenaces. Une enveloppe de 70 millions de livres est par ailleurs destinée au National Exposure and Real-Time Vulnerability Centre, ou NERV Centre.
Ce dernier doit employer des outils d’IA afin de détecter des vulnérabilités dans les infrastructures critiques et dans l’économie britannique. L’annonce relie cette initiative à une prise de conscience accrue des risques posés par des failles logicielles qui peuvent rester inaperçues pendant longtemps.
Le précédent des vulnérabilités dans PHP
Le gouvernement britannique avait récemment indiqué que le pays faisait partie des organisations ayant mis certains sites hors ligne par précaution après la découverte de failles critiques dans PHP, un langage largement utilisé pour le développement web côté serveur.
Les chercheurs à l’origine de l’alerte avaient averti que les plateformes utilisant ce langage pouvaient être exposées à des attaques. Aucun exploit réussi de la vulnérabilité baptisée « php2shell » n’avait toutefois été signalé au moment de l’annonce. Pour les experts cités, cet épisode illustre la vitesse à laquelle des bugs anciens peuvent être identifiés et potentiellement exploités avec l’aide d’outils d’IA.
Avec l’AIBL, le Royaume-Uni veut donc traiter l’intelligence artificielle à la fois comme un outil de défense et comme une source de risques nouveaux. L’efficacité réelle de cette stratégie dépendra désormais des missions confiées au laboratoire, de ses moyens scientifiques et de la transparence de ses méthodes.
Source : www.bbc.co.uk
