La NASA annonce une révision de l’architecture de ses futures missions lunaires habitées. L’agence américaine, SpaceX et Blue Origin ont modifié les concepts d’opérations de leurs systèmes d’atterrissage humain afin de préparer un retour d’astronautes sur la Lune que la NASA vise pour 2028.
Cette échéance reste un objectif et non une date garantie. La sélection de l’atterrisseur qui réalisera la première mission lunaire habitée dépendra de l’état de préparation des systèmes et des validations de sécurité menées par la NASA.
Un rendez-vous déplacé en orbite terrestre
Dans la nouvelle organisation, les versions d’essai des atterrisseurs de SpaceX et de Blue Origin participeront à la mission Artemis III. L’objectif annoncé est de démontrer leurs capacités de rendez-vous et d’amarrage avec le vaisseau Orion en orbite basse terrestre, plutôt que de les faire se retrouver directement autour de la Lune.
Les deux entreprises développent également des versions destinées à l’équipage et au transport de fret pour les missions Artemis à venir. Avant toute mission habitée de leur système, chacune devra effectuer une démonstration sans équipage. La NASA certifiera ensuite les atterrisseurs avant d’autoriser leur utilisation avec des astronautes.
Pour les premières missions habitées, les équipages décolleront à bord d’Orion, placé au sommet du Space Launch System depuis le centre spatial Kennedy, en Floride. Deux astronautes doivent descendre vers la surface lunaire tandis que deux autres resteront à bord d’Orion. Après les opérations de surface, l’équipage rejoindra le vaisseau pour le retour vers la Terre.
SpaceX maintient le ravitaillement orbital de Starship
SpaceX prévoit toujours de ravitailler son système Starship en propergol cryogénique en orbite basse terrestre. Plusieurs Starship-citernes transféreraient leur charge vers un Starship dépôt, qui alimenterait ensuite la version utilisée comme atterrisseur lunaire. Cette séquence doit être démontrée lors de la mission inhabitée prévue pour valider l’approche.
Selon le nouveau scénario, le Starship Human Landing System attendrait Orion et son équipage en orbite terrestre. Les deux véhicules s’amarreraient avant que l’atterrisseur n’effectue une manœuvre d’injection translunaire pour rejoindre l’orbite basse autour de la Lune. La NASA travaille à modifier Orion afin de permettre à Starship de le pousser jusqu’à la Lune.
SpaceX estime que cette organisation réduirait la quantité de propergol à transférer et raccourcirait le temps nécessaire au retour des astronautes depuis la surface lunaire vers Orion. Ces bénéfices restent toutefois liés à la réussite de plusieurs étapes techniques, notamment les lancements multiples, le stockage du propergol et les opérations d’amarrage.
Blue Origin change aussi de trajectoire
Pour son architecture accélérée vers 2028, Blue Origin prévoit de renoncer provisoirement au transfert de propergol dans l’espace. Son atterrisseur Blue Moon Mark 2 Alpha Lander serait envoyé vers la Lune au moyen de trois étages de transfert. Ces éléments décolleraient vers l’orbite basse terrestre, où ils rejoindraient l’atterrisseur avant de l’emmener vers une orbite polaire elliptique autour de la Lune.
Chaque étage de transfert se séparerait après avoir consommé son propergol. D’après la NASA, cette trajectoire pourrait accélérer le retour vers Orion depuis la surface lunaire, réduire les besoins en propergol de l’atterrisseur et tirer davantage parti des performances du SLS. Deux astronautes descendraient vers le pôle Sud lunaire après leur transfert dans le véhicule Blue Moon, puis remonteraient à bord d’Orion.
Blue Origin doit intégrer les enseignements de précédentes missions robotiques Mark 1 et démontrer l’ensemble du profil de transfert avec un atterrisseur inhabité. Là encore, il s’agit d’un développement et d’une démonstration à venir, pas d’un résultat déjà obtenu.
Des contrats réorganisés et des contrôles supplémentaires
La NASA a également mis à jour ses contrats avec les deux fournisseurs de systèmes d’atterrissage humain. Contrairement à l’organisation initiale, SpaceX n’est plus affectée à une mission lunaire précise comme Artemis III ou Artemis IV, et Blue Origin n’est plus assignée à Artemis V. Les deux entreprises participent désormais à la démonstration d’Artemis III en orbite basse terrestre.
Les nouveaux engagements ajoutent des étapes de développement destinées à donner à la NASA davantage de visibilité sur les risques. SpaceX doit notamment ajouter deux démonstrations de sa cabine d’équipage, appelée Cabin 1. Blue Origin prévoit de nouvelles évaluations avec des opérateurs humains ainsi que des jalons portant sur la préparation des équipements et des opérations au sol et en vol.
La NASA prévoit par ailleurs environ deux sorties lunaires de deux heures lors des premières missions de surface. Les astronautes devraient y collecter des échantillons et tester les capacités de combinaisons fournies par Axiom Space. Ces activités dépendront néanmoins de la disponibilité et de la certification des systèmes concernés.
Une compétition encore ouverte
L’agence déterminera laquelle des deux entreprises sera sélectionnée en premier pour transporter des astronautes jusqu’à la surface lunaire et les ramener vers l’orbite lunaire. Une seconde possibilité d’atterrissage habité doit suivre, sans qu’un fournisseur ne soit encore désigné pour une mission précise.
La conséquence concrète de cette révision est un déplacement du risque vers les démonstrations en orbite terrestre, les essais inhabités et la certification des véhicules. La NASA cherche ainsi à gagner du temps tout en conservant deux architectures concurrentes. Le retour habité en 2028 demeure donc une cible opérationnelle soutenue par l’agence, mais son calendrier dépendra des progrès réels de Starship, de Blue Moon, d’Orion et du SLS.
Source : www.nasa.gov
