Longshot Space Technology travaille sur une alternative radicale aux lanceurs spatiaux traditionnels : un canon multi-injection capable d’accélérer des projectiles depuis le sol. La start-up américaine, basée à Alameda en Californie, veut appliquer à l’accès à l’espace une technologie issue de recherches militaires et de programmes menés au XXe siècle.
Le projet a été présenté dans le contexte de TechCrunch Disrupt 2026. Longshot a été cofondée par Mike Grace, son directeur général, et Nato Saichek, son directeur technique. D’après les informations communiquées par l’entreprise, elle a levé environ 20 millions de dollars auprès d’investisseurs spécialisés dans le capital-risque.
Un canon qui accélère progressivement le projectile
Le principe repose sur un long tube horizontal équipé de réservoirs de gaz à haute pression. Ces réservoirs sont répartis le long du canon et doivent se déclencher avec précision au passage du projectile. Chaque injection ajoute une impulsion, au lieu de concentrer toute l’accélération au même endroit.
Longshot indique avoir déjà atteint des vitesses allant jusqu’à Mach 4 avec ses essais actuels. La société teste un canon de 70 pieds de long et de six pouces de diamètre sur un site situé près de Barstow, en Californie. Elle prévoit ensuite de mettre en service un modèle de 140 pieds de long et de 30 pouces de diamètre sur son site d’Alameda.
L’étape suivante consisterait à construire un canon de 328 pieds de long et de 30 pouces de diamètre, avec l’objectif de l’étendre ensuite jusqu’à environ 3 000 pieds. Selon l’équipe, cette configuration pourrait lancer des charges utiles de 220 livres à des vitesses atteignant Mach 8. Ces performances sont annoncées par Longshot et correspondent encore à une trajectoire de développement, pas à un service opérationnel de lancement spatial.
Un premier débouché dans les essais hypersoniques
Avant de viser l’orbite, Longshot entend utiliser ses canons pour les essais hypersoniques. La start-up affirme avoir obtenu plusieurs contrats de l’armée américaine pour cette activité. Elle envisage notamment l’installation d’un système sur une base militaire américaine telle que Fort Bliss, afin de contribuer aux tests de futurs intercepteurs américains.
Mike Grace présente cette utilisation comme une manière de réduire le coût des essais de systèmes hypersoniques. Dans ses déclarations rapportées par TechCrunch, il compare le prix de cibles d’entraînement tirées par le canon à celui de missiles beaucoup plus coûteux. Le montant avancé pour ces essais est compris entre un quart et un demi-million de dollars, mais il s’agit d’une estimation formulée par le dirigeant, et non d’un tarif établi pour une offre commerciale.
La start-up affirme également que ses projectiles pourraient prendre de l’altitude après leur sortie du tube grâce à une forme porteuse. Le canon n’aurait donc pas nécessairement besoin d’être orienté vers le ciel. Cette caractéristique est présentée comme un élément de conception du projectile, sans que la source ne fournisse de démonstration indépendante de son usage spatial.
Une ambition orbitale encore à très grande échelle
L’objectif ultime de Longshot est de lancer de grandes charges utiles dans l’espace. L’entreprise estime pouvoir porter son architecture à une vitesse de cinq kilomètres par seconde, soit plus de 11 000 miles par heure. Cette vitesse ne suffirait toutefois pas, à elle seule, à placer une charge en orbite : le projectile devrait disposer de son propre système de propulsion pour jouer le rôle d’un deuxième étage.
Pour atteindre cette ambition, Longshot évoque un canon de 10 kilomètres de long et d’un diamètre proche de 10 pieds. L’un des obstacles identifiés par Nato Saichek est donc très concret : trouver un site autorisant la construction d’une infrastructure de cette taille. La difficulté ne réside pas uniquement dans la fabrication du système, mais aussi dans son implantation.
Mike Grace estime que le dispositif pourrait être peu coûteux à construire, à alimenter et fortement réutilisable. Il avance un objectif de 50 dollars par kilogramme envoyé dans l’espace. Il compare cette perspective au seuil d’environ 300 dollars par kilogramme qu’il associe au développement d’une industrie de centres de données orbitaux. Ces chiffres restent des projections de Longshot, et non des résultats opérationnels.
Ce que le projet changerait concrètement
Si les essais progressent comme prévu, Longshot disposerait d’abord d’un outil destiné aux tests hypersoniques, avant une éventuelle extension vers le lancement spatial. Cette séquence permettrait à la société de démontrer ses canons sur des applications intermédiaires et de générer des revenus avant de construire une installation de plusieurs kilomètres.
Pour les opérateurs de satellites, la promesse serait celle d’un accès moins cher à l’espace, mais avec des contraintes différentes de celles d’un lancement par fusée. Les engins devraient être adaptés aux accélérations et aux conditions imposées par le tir. La source indique que cette adaptation serait nécessaire, sans détailler ses spécifications.
À ce stade, Longshot a donc démontré des accélérations jusqu’à Mach 4 sur un canon expérimental et décrit une feuille de route allant jusqu’au lancement orbital. Le passage à Mach 8, puis à cinq kilomètres par seconde, ainsi que la construction d’un canon de 10 kilomètres, restent des étapes à réaliser. La conséquence immédiate est claire : le projet ouvre une piste technologique distincte pour les essais hypersoniques, tandis que son ambition spatiale demeure dépendante de validations techniques, d’infrastructures adaptées et de la capacité à adapter les charges utiles.
