Aller au contenu
NextOfGen

Le solaire géant teste quatre leviers pour réduire ses coûts

Lightsource bp estime que quatre méthodes de construction pourraient réduire de 22 % les coûts directs d’installation des grandes centrales photovoltaïques. Ces solutions restent au stade du développement et doivent encore être testées sur des projets en Australie et aux États-Unis.

Chantier solaire générique avec engin automatisé et modules préassemblés

Construire une centrale solaire de plusieurs gigawatts ne dépend pas uniquement du prix des panneaux. Les opérations de fondation, d’assemblage, de fixation et de câblage pèsent aussi sur les délais, les coûts et la sécurité des chantiers. C’est sur cette phase que Lightsource bp concentre son NextGen Solar Programme, un programme d’analyse consacré aux méthodes de construction des grandes centrales photovoltaïques.

Selon les premiers résultats communiqués par le producteur indépendant d’électricité, la combinaison de quatre innovations pourrait réduire d’environ 22 % les coûts directs d’installation par rapport aux pratiques actuelles. Le temps d’installation pourrait, lui, diminuer de 30 % au maximum. Ces chiffres correspondent toutefois à une évaluation réalisée pendant la phase d’étude. Ils ne constituent pas encore un résultat mesuré sur une centrale en exploitation.

Quatre méthodes combinées sur le chantier

Le programme examine d’abord des engins de battage automatisés capables de positionner les fondations avec une précision GPS. Cette automatisation doit remplacer une partie du battage manuel des pieux, avec l’objectif de réduire les écarts de positionnement et de rendre les opérations plus régulières. Lightsource bp estime que cette seule évolution pourrait raccourcir le temps consacré à cette étape de 12,5 %.

La deuxième piste concerne la structure des modules photovoltaïques. L’entreprise étudie un dessin sans cadre en aluminium, associé à des éléments en acier. Les informations disponibles ne permettent pas de chiffrer l’économie attendue sur cette solution : Lightsource bp indique que les évaluations de coûts restent confidentielles. L’intérêt recherché porte donc sur la conception du module et sur les matériaux employés, mais la compétitivité de cette option doit encore être établie.

Le troisième dispositif est un système de fixation par emboîtement, sans boulons ni brides conventionnelles. Les modules pourraient être installés par pression et se verrouiller sur leur support. Lightsource bp estime que cette méthode pourrait réduire la durée de pose lorsqu’elle est associée au nouveau design de module et au battage automatisé. Elle pourrait également limiter certains coûts liés aux équipements de fixation, sans que la source ne fournisse de bilan complet.

Enfin, le programme étudie la préfabrication sur site. Une partie des éléments pourrait être préparée avant son installation définitive, afin de réduire le nombre d’opérations répétées au pied de chaque rangée de panneaux. Cette organisation est examinée avec d’autres solutions, notamment le placement robotisé des modules et des faisceaux de câbles avancés.

Une estimation qui doit encore être validée

Les résultats annoncés reposent sur l’évaluation d’offres récemment développées par des fournisseurs chinois, européens et nord-américains. L’analyse s’intéresse en particulier à l’automatisation et aux nouvelles méthodes de pose. Elle ne décrit pas une technologie unique déjà déployée à grande échelle, mais une combinaison de solutions dont la compatibilité technique et économique reste à vérifier.

Lightsource bp prévoit désormais de passer de la modélisation à des essais sur le terrain. Des tests doivent être menés sur des projets actifs en Australie et aux États-Unis. L’objectif est de comparer les données des fournisseurs aux conditions réelles de construction, mais aussi d’évaluer la sécurité, la maintenance et la capacité des solutions à être financées par les acteurs du secteur.

Les premiers résultats de cette phase de validation sont attendus dans les 18 prochains mois, selon Chris Buckland, directeur technique mondial de Lightsource bp. L’entreprise vise une utilisation potentielle de cette approche dans les projets photovoltaïques de grande taille à partir de 2028. Cette échéance reste indicative : le programme est encore au stade du développement et les essais doivent notamment confirmer la fiabilité des équipements et la répétabilité des gains annoncés.

Le défi de l’industrialisation

Le passage à des centrales de taille gigawatt impose de réduire les opérations manuelles sans déplacer les difficultés vers d’autres étapes du chantier. Une machine de battage automatisée doit fonctionner sur des terrains différents, tandis qu’un système de fixation sans boulons doit résister aux contraintes mécaniques, aux variations de température et aux exigences de maintenance. La conception des modules en acier devra également être évaluée au regard du poids, de la corrosion et de la chaîne d’approvisionnement.

La validation financière sera tout aussi importante. Pour être retenue dans un projet de grande ampleur, une solution doit offrir des performances suffisamment documentées pour convaincre les prêteurs, les assureurs et les exploitants. Elle doit aussi pouvoir être approvisionnée en volume et s’intégrer aux normes de construction locales.

À ce stade, Lightsource bp présente donc une feuille de route expérimentale plutôt qu’un nouveau standard industriel. Si les essais confirment les hypothèses, l’automatisation du terrassement, la préfabrication et de nouvelles interfaces entre modules et structures pourraient contribuer à réduire les délais de construction des grandes centrales solaires. Les résultats de terrain permettront de déterminer si le potentiel de 22 % se vérifie au-delà des modèles et dans des conditions de chantier réelles.

Source : Construction innovations could cut gigawatt-scale solar costs by 22%