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À Portsmouth, l’électricité à quai bute sur son coût

Le port international de Portsmouth a lancé un système haute tension permettant aux navires à quai de couper leurs générateurs embarqués. Son coût d’utilisation, largement déterminé par le prix de l’électricité au Royaume-Uni, pourrait toutefois limiter son adoption.

Illustration éditoriale d’un véhicule électrique à une borne de recharge

Le port international de Portsmouth a mis en service un système d’alimentation électrique à quai présenté comme le premier dispositif britannique haute tension capable de desservir plusieurs postes à quai. L’installation doit permettre aux navires connectés au réseau électrique de couper leurs générateurs embarqués lorsqu’ils sont immobilisés dans le port.

Cette technologie vise d’abord à réduire la pollution atmosphérique locale liée aux moteurs qui continuent de fonctionner pendant les escales. Elle s’inscrit aussi dans l’objectif affiché par le port de devenir une infrastructure à émissions nettes nulles et de contribuer à la décarbonation du transport maritime.

Remplacer les générateurs pendant l’escale

À quai, un navire conserve généralement certains équipements en fonctionnement. L’électricité produite à bord par des groupes électrogènes alimentés par un moteur thermique peut alors contribuer aux émissions locales, même lorsque le navire ne se déplace pas. Le branchement au réseau permet de transférer cette production vers une alimentation terrestre.

Dans le cas de Portsmouth, le système est conçu pour plusieurs postes à quai et fonctionne à haute tension. Le principe est similaire à celui d’autres projets d’électrification portuaire : le navire se connecte à l’infrastructure terrestre, puis arrête ses générateurs pendant la durée de son escale. Le texte disponible ne fournit toutefois ni mesure indépendante des émissions évitées, ni bilan d’utilisation après la mise en service.

La réduction de pollution est donc un bénéfice attendu du dispositif, et non un résultat chiffré établi par les informations fournies.

Une équation économique défavorable

Le principal obstacle identifié à Portsmouth ne concerne pas la possibilité technique de se connecter, mais le coût de l’électricité. Selon les éléments rapportés par Electrek à partir d’une analyse de Safety4Sea, l’électricité représenterait environ 80 à 85 % du coût total payé par un navire utilisant l’alimentation à quai. Les frais portuaires compteraient pour les 15 à 20 % restants.

Dans ces conditions, le branchement peut revenir plus cher que la production d’électricité à bord avec les générateurs du navire. Le port se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : une infrastructure conçue pour réduire la pollution et la consommation de carburant peut être économiquement moins attractive que la solution thermique qu’elle cherche à remplacer.

Le coût du réseau pèserait également sur cette équation. Portsmouth fait face, selon la source citée, à une hausse estimée de 10 % par an pendant cinq ans des charges liées à l’utilisation du réseau de transport britannique. Cette projection est une estimation rapportée par la source et ne constitue pas une mesure définitive de la facture future du port.

Le prix de l’électricité au cœur du problème

Le contexte énergétique britannique complique davantage l’adoption. La House of Commons Library aurait établi que les prix de l’électricité au Royaume-Uni se situaient 18 % au-dessus de la moyenne de l’Union européenne au second semestre 2025. De son côté, l’Agence internationale de l’énergie a comparé les prix de l’électricité pour les industries énergivores dans l’Union européenne et aux États-Unis, avec un écart présenté comme supérieur à deux fois.

Ces comparaisons donnent un contexte au problème, mais elles ne suffisent pas à déterminer le coût exact de chaque escale à Portsmouth. Celui-ci dépend notamment de la puissance appelée, de la durée de connexion, des contrats d’électricité et des tarifs appliqués au navire. Aucun détail de ce type n’est fourni dans le contenu disponible.

Une infrastructure qui doit encore trouver ses utilisateurs

Le lancement du système ne garantit donc pas son usage régulier. Pour qu’un navire abandonne ses générateurs pendant une escale, le branchement doit être techniquement compatible, disponible au bon poste et financièrement préférable. Si le courant terrestre reste plus cher que le carburant nécessaire à la production embarquée, les armateurs peuvent avoir intérêt à limiter les connexions, malgré le bénéfice environnemental attendu.

Cette question dépasse le seul cas de Portsmouth. L’électrification des ports ne consiste pas uniquement à installer des câbles, des convertisseurs et des équipements haute tension. Elle dépend aussi du prix de l’énergie, de la structure tarifaire et de la capacité des exploitants à répartir les coûts entre le port, les compagnies maritimes et les autorités publiques.

La conséquence concrète est claire : Portsmouth dispose désormais d’un outil pour réduire les émissions des navires à quai, mais son efficacité réelle dépendra du nombre de branchements effectivement réalisés. Sans données publiques sur la fréquentation du système, les émissions évitées et le coût par escale, il est encore impossible de mesurer son impact opérationnel. L’expérience britannique illustre surtout une limite de la transition électrique : une infrastructure peut être prête, sans que son modèle économique le soit.

Source : Shore power dramatically cuts emissions at ports – but will anyone use it?